Les leçons de la guerre avec le HAMAS

Le soutien apporté au Hamas par l’administration Obama n’a pas été seulement passif

Le rapport du Contrôleur de l’état sur l’opération « Bordure protectrice », la guerre avec le Hamas de l’été 2014, est très détaillé. Le problème est qu’il ne s’est pas adressé aux détails qui comptent. Le problème d’Israël pendant cette guerre n’a pas été la tactique employée pour détruire les tunnels d’attaque du Hamas. Durant cette guerre, Israël a dû faire face à deux challenges : le premier concernait  le contexte général de cette guerre, le second avait à voir avec la compréhension de l’ennemi sur le terrain.

 

Par Caroline Glick

Jerusalem Post – 2 mars 2017 

http://www.jpost.com/Opinion/Column-One-The-lessons-of-the-Hamas-War-483103

 

Le contexte

La guerre sur le terrain s’est déroulée alors que le monde sunnite se trouvait face à deux menaces existentielles le prenant en tenaille. D’une part, les régimes sunnites devaient combattre les djihadistes émanant des Frères musulmans. De l’autre, ils se battaient contre l’Iran et ses substituts pour essayer d’empêcher l’Iran de devenir la puissance hégémonique de la région.

Sur ces deux fronts, les régimes sunnites, dirigés par l’Egypte du maréchal Sissi, le régime saoudien et les Emirats arabes unis, furent stupéfaits de voir l’administration Obama prendre le parti de leurs adversaires contre eux.

Si Israël est entré en guerre contre le Hamas en croyant que cette administration se conduirait autrement avec lui qu’avec les régimes sunnites, il a vite dû déchanter et constater que l’administration Obama prenait le parti du Hamas contre lui.

Le soutien de l’Amérique au Hamas s’est manifesté dès les premières phases de la guerre lorsque le Secrétaire d’état John Kerry a demandé qu’Israël accepte un cessez-le-feu immédiat, aux conditions du Hamas. Cette même demande s’est répétée sous des formes diverses tout au long des 50 jours qu’a duré la guerre.

Les termes du Hamas étaient impossibles à accepter pour Israël. Ils impliquaient l’acceptation par Israël de l’ouverture totale des frontières terrestres avec l’Egypte et avec Israël, et  un accès libre à la mer. Le Hamas devait avoir un accès libre au réseau bancaire international afin de permettre aux fonds d’arriver librement dans Gaza de n’importe quel point du globe. Le Hamas demandait qu’Israël relâche tous les terroristes détenus dans ses prisons.

Si Israël avait accepté les conditions du Hamas, l’accord aurait représenté une victoire historique pour le Hamas et une défaite stratégique pour Israël. 

 

Des frontières ouvertes pour le Hamas signifient l’arrivée libre de tous types d’armements, de volontaires, de formateurs militaires et de fonds à Gaza. Son accès libre au réseau bancaire mondial aurait fait des djihadistes de Gaza le banquier du Djihad global.

 

Le soutien de l’administration Obama n’a pas été que passif

 

Obama et Kerry ont menacé Israël de se joindre aux Européens  pour condamner Israël aux Nations-Unies. Des dirigeants de l’Administration ont continuellement  critiqué les opérations de Tsahal, insinuant qu’elles constituaient des crimes de guerre, insistant sur le fait, selon eux, qu’Israël ne faisait pas assez pour empêcher les pertes civiles. 

Au fur et à mesure où la guerre continuait, les actions de l’administration devenaient de plus en plus agressives envers Israël. Washington imposa un embargo partiel sur les envois d’armes vers Israël. Puis, le 23 juin 2014, l’administration pris la décision presque inconcevable de faire interdire par l’Administration fédérale de l’aviation (la FAA)  tout vol des US vers l’aéroport Ben Gourion, sous le prétexte qu’une fusée du Hamas était tombée à 1600 m (1 mile) de l’aéroport.

 

La FAA n’a jamais interdit aucun vol vers le Pakistan ou l’Afghanistan après que des djihadistes aient avec succès détruits des avions en vol dans ces pays.

 

Il fallu au Sénateur Ted Cruz la menace d’un blocage complet de toute nomination dans l’administration et une révolte diplomatique en coulisse par le gouvernement conservateur canadien pour que cette interdiction de vol soit levée.

Le gouvernement israélien et Tsahal furent choqués par la férocité de l’hostilité de l’administration. Mais, et c’est à porter à son crédit, le Premier ministre Benjamin Netanyahu surmonta celle-ci. Il réalisa que le Hamas fait partie du cœur djihadiste du mouvement des Frères musulmans et soutient l’Iran également. Le résultat est que les Egyptiens, les Saoudiens et les Emiratis le considèrent comme un ennemi majeur. L’Egypte se trouvait de fait en état de guerre contre les Hamas en 2014. Gaza est la base logistique des  forces salafistes qui se battent contre les militaires égyptiens.

 

Netanyahu demanda à Sissi son aide pour émousser la campagne américaine en faveur du Hamas. Sissi accepta très rapidement et entraîna les Saoudiens et les Emiratis dans une alliance opérationnelle, mais non-déclarée, avec Israël contre le Hamas.

 

Comme les Egyptiens étaient le pays hôte des négociations de cessez-le-feu, l’Egypte était bien positionnée pour émousser les demandes d’Obama pour qu’Israël accepte les conditions fixées par le Hamas.

 

Kerry et Obama tentèrent de miner les efforts égyptiens, en connivence avec les états soutenant le Hamas, la Turquie et le Qatar, en poussant Sissi hors des négociations de cessez-le-feu. Mais grâce au soutien des Saoudiens  et des Emirats-Arabes-Unis à Sissi et à Israël, les tentatives d el’administration de pousser les Egyptiens dehors échouèrent.

Les termes de l’accord sur le cessez-le-feu finalement adopté ne contenaient aucune des demandes du Hamas. Israël gagna la guerre diplomatique.

 

Ce fut une victoire étrange toutefois, car Netanyahu ne put jamais parler publiquement de ce qui arrivait. S’il avait laissé transparaitre que les US soutenaient le Hamas il aurait causé chez les Israéliens panique et démoralisation. Il dut mener ce conflit diplomatique secrètement.

 

La guerre sur le terrain fut fortement influencée par la guerre diplomatique. Mais cette guerre sur le terrain fut avant tout un produit de la nature du Hamas et de ses relations avec l’OLP.

 

Malheureusement, la rapport du contrôleur de l’état fait état de ce que Tsahal ne comprenait ni l’une ni l’autre. Selon ce rapport, dans les semaines précédant le déclenchement de la guerre, celui qui était alors le coordinateur des activités du gouvernement dans les territoires, le Général de réserve Eitan Dangot, déclara au cabinet de sécurité que la situation humanitaire à Gaza avait atteint un niveau de crise et que les hostilités démarreraient certainement  si Israël n’autorisait pas l’aide humanitaire à pénétrer dans le territoire de la Bande de Gaza.

 

L’opinion de Dangot reste partagée largement au sein de Tsahal. Le chef des renseignements militaires, le général Hertzi Halevi, déclara à la commission des Affaires étrangères et de la défense de la Knesset   qu’Israël devait envoyer de l’aide humanitaire à Gaza pour éviter une guerre.

 

La position de Tsahal que le Hamas s’est lancé dans la guerre contre Israël durant l’été 2014 parce qu’il manquait d’approvisionnements reflète la vérité. Après que Sissi ait renversé le pouvoir des Frères musulmans en Egypte l’été précédent, il ferma les frontières avec la bande de Gaza car celle-ci était devenu la base logistique des insurgés contre son régime. Cette fermeture de la frontière coupa le Hamas de tout approvisionnement, des missiles antitanks comme des cigarettes et de la farine.

 

Le problème avec cette vision de l’armée sur le Hamas est que quand on fournit de l’aide à Gaza on approvisionne en premier le Hamas lui-même. Chaque envoi à Gaza renforce le Hamas et sa mainmise sur la population, bien plus que cela ne vient à l’aide à la population civile. Lors de l’opération Bordure protectrice nous pûmes nous rendre compte de visu du mépris total du Hamas pour les souffrances de son peuple.

 

Après avoir vu l’étendue du réseau de tunnels construit par le Hamas, le commandant de la zone sud à cette date, le général Sami Turgeman, déclara à des reporters que e Hamas avait détourné pour cela assez de béton pour construire 200 jardins d’enfants, 2 hôpitaux et 20 écoles.

 

De plus, toutes les institutions supposées distribuer l’assistance humanitaire à la population sont toutes au service du Hamas. Durant la guerre, 3 soldats de l’unité MADAN furent tués dans le sud de Gaza quand ils furent enterrés sous les décombres d’une clinique de l’UNWRA qui avait été piégée. Les soldats étaient dans la clinique pour fermer le puits d’accès à un tunnel, placé dans la salle de consultation. Le Hamas fit sauter les charges cachées dans les murs de la clinique lorsque les soldats pénétrèrent dans cette salle.

Toutes les institutions civiles à Gaza, y compris celles dirigées par l’ONU, ainsi que des milliers de résidences privées, sont utilisées par le Hamas dans le cadre de ses infrastructures de guerre. Aussi toute discussion sur la fourniture d’aide humanitaire à Gaza n’est pas une discussion sur l’aide humanitaire, c’est une discussion sur le renforcement, ou non, du Hamas et de son pouvoir   sur la population de Gaza.

 

Ce qui nous conduit aux buts de guerre à Gaza en 2014. A cette époque le gouvernement envisageait deux issues possibles.

 

1 – La première était soutenue par le ministre de la justice d’alors, Mme Tsipi Livni. Mme Livni et la gauche de manière générale, voulaient utiliser la guerre pour renverser le Hamas et remettre au pouvoir dans la bande de Gaza l’Autorité palestinienne (AP) dirigée par l’OLP.

Cette idée soulève 4 problèmes :

  1. Il faudrait d’abord reconquérir Gaza

  2. L’administration Obama n’accepterait jamais la reconquête de Gaza par Israël.

  3. Israël ne dispose pas des forces nécessaires pour occuper Gaza sans fragiliser sa défense sur les autres frontières et les rendre vulnérables.

  4. Le dernier problème avec cette idée de Livni est que l’OLP ne vaut pas mieux que le Hamas. Dès le premier jour de la guerre, l’OLP soutint à fond le Hamas. Les milices du Fatah à Gaza participèrent aux lancements de fusées aux côtés des combattants du Hamas. Le chef de l’OLP, Mahmoud Abbas, représentait le Hamas aux négociations de cessez-le-feu au Caire. C’est lui qui mena la guerre politique contre Israël en Occident.Il finança la guerre tout aulong de celle-ci en envoyant des fonds à Gaza tout du long.

    Si l’OLP revenait à Gaza, elle se conduirait exactement comme elle se conduisait entre 2000 et 2007 lorsqu’elle fut chassée de Gaza par le Hamas. C’est-à-dire qu’elle en tant que partenaire complet du Hamas dans leur guerre commune contre Israël.

 

2 – La seconde issue possible pour la guerre impliquait une stratégie de long terme en vue de la défaite du Hamas par une guerre d’attrition. C’est l’objectif que le gouvernement finit par adopter partiellement. Il ordonna à Tsahal de détruire autant de stocks de missiles qu’il le pouvait ainsi que les tunnels d’attaque vers Israël. Quand ces objectifs furent atteints, au point que le coût de s’opposer à Obama devenait plus important que les gains apportés par la guerre, Netanyahu accepta le cessez-le-feu.

 

Pour que la stratégie d’attrition réussisse, il fallait que le cessez-le-feu ne soit que la première étape d’une guerre plus longue, à condition qu’Israël refuse de réapprovisionner le Hamas. Avec un stock de missiles vidé et ses tunnels détruits, si Israël avait maintenu son interdiction  d’approvisionner Gaza, les résidents se seraient révoltés et le Hamas n’avait plus les moyens de détourner leur colère en lançant une nouvelle guerre. 

 

Malheureusement Tsahal n’accepta pas l’attrition comme objectif. Il apparait dans le rapport du contrôleur et le discours de Halevi à la Knesset, que l’Etat-major rejeta l’attrition car il refuse de reconnaitre la nature du Hamas comme celle de l’OLP.  Immédiatement après que le cessez-le-feu entre en vigueur,  l’Etat-major recommanda de reconstruire Gaza et donc de laisser passer tous les approvisionnements en matériaux de construction, y compris de béton vers le mini-état du Hamas.

 

Le rapport du Contrôleur de l’état est significatif en ce qu’il montre que 3 ans après Bordure protectrice, l’administration israélienne n’a toujours pas compris ce qui s’était passé cet été là. Le problème avec le Hamas n’a jamais été tactique. Il a toujours été stratégique. Israël gagna la guerre diplomatique car il avait compris la corrélation entre ses intérêts stratégiques et ceux des régimes sunnites.

 

Il a perdu la guerre militaire de l’attrition car il a permis au Hamas de se réapprovisionner.


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Ajouté le 02/03/2017 par Caroline GLICK - 0 réaction Actualités

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